Chercheur et militant : une tension pour une alerte

Je suis ce que j’écris ?

Il y a bien un point d’interrogation.
Si je regarde ce que j’ai écrit depuis 1999 je vois que, vingt ans après, je suis pas le même bonhomme.
En 1999 je m’intéresse au véhicule de l’information.
Le véhicule c’est à la fois l’Internet et la forme discursive choisie nous disent les médiologues.
En 2018, une sorte de sérendipité, m’amène au scandale sanitaire de la phagothérapie.
Un scandale sanitaire cela veux dire indignation sur base de sentiment d’horreur.
Alors il faut traduire cela en discours.
Puis mettre ce discours dans le bon véhicule  – texte, film, sur WordPress, sur le club Mediapart, sur You Tube, sur Viméo, sur Sound Cloud, etc.

Lanceur d’alerte = chercheur + militant

Il y a mille types possibles d’alerte – une bombe secrète dans la cave de mon entreprise, un scandale financier, une corruption, etc.
Tu choisi pas ton alerte, c’est elle qui te choisit.
Dans mon cas il faut que je tricote, que je tisse – ça s’appelle un web en anglais – que je maille mes modestes talents de chercheur et de militant.

Lire et relire Bruno Latour

Lorsque je suis au lycée, on m’explique que les chercheurs sont des gens méthodiques.
Lorsque je travaille avec des vrais chercheurs je découvre :
– qu’ils travaillent plus avec leurs obsessions qu’avec l’état froid des choses
– qu’ils bricolent beaucoup – le mot n’est pas du tout péjoratif mais est en opposition avec la « méthodologie » dont se gargarisent certains enseignants-chercheurs
– que s’ils bricolent vraiment à fond ils trouvent – un bon chercheur est un joueur dans les différents sens du terme
– que dans leurs conférences ils présentent leurs trouvailles comme le fruit de la méthode ce qui est totalement faux
Pas facile de vivre dans un monde où TOUT se passe à l’inverse de ce que l’on raconte qui se passe !!!
Heureusement je suis sauvé par les travaux de gens comme Latour et Woolgar qui font les mêmes observations que moi et les publient. (1)

Et si la militance était plus méthodique que la recherche ?

La question est provocante mais si l’on y réfléchit …
Je parle de la militance à l’ère de l’Internet, de la militance en réseau, en marge des partis, des syndicats, des grosses ONG, etc.
Une militance où le « canon de vérité » est devant soi et pas hérité des devanciers.
Une militance où les chapelles et les églises sont secondaires par rapport à l’énergie de chaque individu.
Les chercheurs dont nous avons parlé plus haut sont « sous » un truc nommé « modernité » qui a développé des concepts « idéaux ».
Par exemple celui d’indépendance de l’observateur par rapport à ce qu’il observe.
Nous avons vu qu’il n’en est rien puisque le chercheur façonne l’objet en fonction de ses obsessions.
Le militant ne prétend pas être distant de son objet de militance mais, chaque matin, il se demande s’il ne se laisse pas déborder par ses obsessions.
En effet, s’il se laisse déborder il devient un  » prêcheur dans le désert « , coupé de la réalité des faits et coupé de la réalité des gens.
Le militant DOIT être rigoureux dans son introspection.

Une tension … quand même

On la voit à l’oeuvre quand des chercheurs  » partent  » dans leur  » petit délire « .
Voir l’article Patients ! Taisez-vous !

Notes

(1) Bruno Latour et Steve WoolgarLaboratory Life : The Social Construction of Scientific Facts, Beverly Hills, Sage Publications1re éd. (ISBN 0803909934) ; rééd. Princeton, Princeton University Press, 1986 (ISBN 0-691-02832-X)